Histoire du thé : Origine (Partie 1)

Il y a un dicton en anglais qui dit : « il y a ceux qui étudient les racines et ceux qui récoltent les fruits ».

Dans la version que j’ai eu l’occasion d’entendre, l’orateur voulait exprimer le fait que ceux qui passent leur temps à savoir le pourquoi du comment courent le risque de ne pas pouvoir manger. Alors que ceux qui cueillent directement les fruits sans se soucier de pourquoi ils sont là, mangeront à leur faim.

Pour ma part, il est bon et possible d’avoir les deux.

Connaitre les origines de quelque chose permet d’en avoir une meilleure maitrise, de pouvoir en tirer toutes les vertus et de mieux l’apprécier.

L’histoire du thé est très intéressante et les légendes qui l’accompagne vraiment passionnante. Cette histoire est aussi très complexe. Quelques articles sur ces sujets seront très utiles pour y voir un peu plus clair au moins dans son point de départ. Tout ceci dans l’espoir que vous preniez du plaisir dans cette lecture ou que cela fera un bon sujet de conversation tout en dégustant une tasse de thé au jasmin.

Légende du royaume de Cathay

Empereur mythique Shennong
Empereur Mythique Shennong

Les mythes autour du thé comportent de nombreuses versions malgré le fait qu’ils mettent en scène les mêmes personnages.

D’après les récits chinois, le thé fut découvert par le légendaire empereur et botaniste Shennong aux environs de 2800 ans avant JC.

Il est dit que celui-ci consommait des centaines de plantes pour les tester et connaitre leurs vertus. Un jour il se serait retrouvé affaiblit et fatigué par la forte dose de toxine contenue dans les plantes qu’il aurait testé ce jour-là.

Pour se reposer il se serait assis et adossé au tronc d’un théier dont des feuilles seraient tombées dans sa bouche. Après les avoir mâché il en aurait découvert les vertus (antidote et stimulante) et apprécié la saveur. Par la suite la consommation du breuvage se serait généralisée.

Dans une autre version il est dit que l’empereur avait l’habitude de faire bouillir l’eau avant de la consommer pour la rendre plus propre (Ce qui se fait toujours de nos jours en Chine). Alors que celui-ci était en déplacement dans une région lointaine, il fit arrêter son armée pour prendre un peu de repos.

Une servante commença à faire bouillir de l’eau pour lui, et une feuille de thé tomba dans la marmite. L’eau pris une légère teinte dorée mais cela ne fut pas remarqué et le breuvage fut porté à l’empereur. Celui-ci le bu et le trouva très désaltérant et tonifiant, le thé était né !

Avant d’être bu

Les deux plus gros pays producteurs de thé au monde sont la chine et l’Inde, et malheureusement même avec les progrès technologiques d’aujourd’hui, l’origine de la domestication et de la plantation de Thé n’est pas encore éclaircie.

Les botanistes pensent que le centre de distribution des théiers se trouve dans le cours supérieur de la rivière Brahmapoutre, dans la région de l’Assam en inde, le nord de Burma, le nord de la Thaïlande, l’Indochine and le sud-ouest de la chine.

D’après une étude de 2018 (Original recherche: Frontiers in plant Science), les régions du sud de la chine (Yunan, etc) et la région d’Assa en Inde pourraient être les quelques zones possibles où les Autochtones auraient commencé une culture de plantation du thé.

Pour le professeur Yamanishi dans son étude de 1995, le thé aurait commencé à être domestiqué et cultivé en Chine il y a environ 4000 ans.

À cette époque les sociétés locales étaient très primitives et avaient peu ou pas encore créé l’écriture. Ainsi tout le savoir était transmis de génération en génération par le bouche-à-oreille. Ceci laissant peu de traces sur l’époque et des possibles utilisations du thé.

Cependant les chercheurs pensent que les peuples et minorités ethniques qui vivent dans ces régions peuvent apporter des idées sur comment le thé pouvait être consommé des centaines, voir des milliers d’années auparavant. Par exemple :

-En 1823 le marchand anglais Robert Bruce voyageait le long de la rivière Brahmapoutre où il a été en contact avec l’ethnie des Singpo qui cueillait les feuilles de thé et les faisait sécher au-dessus d’un feu pour les conserver où les faisaient bouillir puis fermenter pour les consommer plus tard.

Au 19e siècle il est reporté que les Birmans avaient un plat traditionnel de feuille de thé bouilli puis fermenté pendant plusieurs mois. Le plat est servi pour les cérémonies et est servi assaisonné d’ail,  de poissons séchés et autres épices.

D’autres minorités ethniques de ces régions utilisent les feuilles de thés fermentés pour des sacrifices à leur divinité ou comme offrande quand ils enterraient des personnes décédées.

D’autres rapportent encore que les feuilles de thé étaient mâchées comme le bétail. La salive de celui qui mâche les feuilles prend une teinte marron et c’est à ce moment que la saveur est la plus délicieuse. Il paraît même que consommé en soirée, il n’est pas possible de dormir la nuit.

Toutes ces populations sont situées dans les zones où est présumée la naissance des théiers, ce qui rejoindrait une hypothèse qui veut que ce soit les communautés montagnardes du sud-ouest de la chine qui auraient apporté le thé et l’auraient fait découvrir au Chinois du nord.

À ce moment la culture du thé aurait commencé au pays de Shu (蜀), c’est-a-dire l’actuelle province du Sichuan vers le IVe siècle avant notre ère.

Il existe encore quelques communautés vivant dans ces régions qui ont leur propre façon de consommer le thé, mais comme cité précédemment il est difficile de savoir si c’était la forme originelle, puisque toutes ces cultures n’ont aucune trace écrite pour le justifier. Tout laisse à penser que les façons de consommer le thé dans les temps anciens étaient très différentes de celle dont on le consomme aujourd’hui.

L’énigme de l’écriture

Dans la plus ancienne référence écrite de Chine, l’Er ya (尔雅 ěr yā) premier dictionnaire qui date de la fin de l’antiquité ou début des Hans (-220 av l’ère chrétienne), il est mentionné une herbe amère écrite sous les caractères苦荼.

Aussi dans les célèbres « Chroniques de Huayang (华阳国志) », compilé par Chang Qu (常璩, 291 - ~361), le plus ancien index géographique des régions chinoises connues à ce jour, il y est mentionné un événement important :

Après la bataille de Mu Ye qui mit fin à la dynastie des Shang, le peuple de Ba, qui avait aidé l’état des Zhou à la victoire, devint leurs vassaux.

Ainsi une partie des faits relaté par les chroniques serait que le premier empereur Wu de la dynastie des Zhou, 1046 avant J-C, se faisait payer son tribut par ses vassaux via des denrées tel que: du miel, des vers à soie, du fer, du cuivre, du sel, des épices, des vêtements de haute qualité, et parmi tout ceci on retrouve un légume qui est écrit de la même manière que dans l’Er Ya, c’est-a-dire le caractère 荼.

Ce caractère 荼 prononce ‘‘tu” est très proche du caractère 茶 prononce ‘‘cha ” en chinois moderne. La différence entre ces deux caractères est seulement un petit trait horizontal supplémentaire dans le premier caractère ‘‘tu “…

C’est cette différence qui a vexé plusieurs générations d’étymologistes et qui a créé le désordre dans l’histoire du thé.

Car si le caractère 荼 ‘‘tu ” fais bien référence au thé, cela veut dire que durant la dynastie Zhou, échanger ou payer avec du thé était déjà dans les mœurs de l’époque. Et était considéré comme une denrée précieuse. Par conséquent on peut déduire que la plantation, la culture et l’usinage du thé existaient déjà il y a 3000 ans !

Le premier texte qui référence clairement qu’il s’agit bien de ‘‘thé ‘et que sa manière d’être consommé est  proche de celle d’aujourd’hui apparaît vers la fin de l’antiquité. Il s’agit d’un texte de Wang Bao, écrit en 59 av. J. -C.

Dans ce texte il y est relaté que quand Wang traversa la rivière Jian pour rendre visite à la veuve Yang Hui. Une fois sur place, Wang demanda à l’esclave de celle-ci, nommée Bian Liao, d’aller acheter du vin. Le jeune et audacieux esclave répondit que son maitre décédé ne l’avait acheté que pour s’occuper de la tombe des ancêtres et prendre soin des éléments de culte, pas pour acheter du vin pour d’autres gentilshommes.

Devant cette situation Wang demanda à la veuve pourquoi elle ne l’a pas revendu ? Celle-ci répondit que personne n’en veut. À ce moment-là, Wang décida d’acheter le jeune esclave et il fut établi un contrat que le jeune esclave devra suivre. Bian Liao jura de servir au mieux son nouveau maitre mais qu’il ne fera aucune tache qui n’est pas mentionné dans ledit contrat.

Une fois le contrat terminé d’être rédigé et lu a haute voix devant l’esclave, celui-ci se cogna la tête contre le sol tellement la liste des tâches étaient longues et exaspérantes.

Dans la liste des tâches, on trouva qu’il devait faire bouillir le thé, prépare les ustensiles à son service et aller acheter du thé dans une ville proche de Chengdu, deuxième ville la plus grosse à cette époque.

Au vu des ressources écrites du passé, aucun autre pays n’a auparavant ou en même temps enregistré quelconque information sur le thé. Ainsi la chine serait le pays qui a le plus tôt commencé la plantation et l’utilisation du thé comme breuvage.

Les plus vieilles feuilles de thé au monde

En 2016 des archéologues publient la découverte des plus vieilles feuilles de thé au monde!

Le mausolée des Han dans la ville de Xi An fut bâti pour l’empereur Yangling qui décéda en 141 avant JC.

Des feuilles de thé ont été enterrées avec l’empereur pour que celui-ci puisse s’en servir une fois dans l’autre monde. Ce sont des preuves physiques, cette fois-ci, que le thé était bien utilisé à cette époque. Cependant les scientifiques ne sont pas encore sures si les feuilles étaient consommées comme boisson de plaisir en certaines occasions sociales ou si elles servaient de médicament.

Ce qui fait douter les scientifiques c’est qu’une partie du thé était mélangé à des ingrédients comme de l’orge et d’autres plantes. Ainsi il n’écarte pas l’hypothèse que la boisson pouvait être préparée d’une manière similaire au traditionnel thé au beurre. Celui-ci est préparé traditionnellement avec du beurre de Yak, du sel, de la farine d’orge torréfie et du gingembre. C’était la recette qui aidait le plus dans les montagnes très froides d’Asie Centrale, mais la recette varie selon les cultures et les régions.

montagne de la province du Yunnan 白马雪山
montagne de la province du Yunnan 白马雪山

Le sud-ouest de la chine comme origine

Depuis les temps anciens, les sources écrites relatent le fait que le sud-ouest de la chine aurait de très grands arbres à thé. On le retrouve dans le célèbre classique du thé (《茶经》) écrit durant la dynastie Tang par Lu Yu (陆羽)(729-804), qui est un des textes de référence sur l’art du thé en Chine.

Il décrit notamment comment les plantes se développent, comment les feuilles sont traitées et sa préparation comme boisson même si à cette époque la nature et le style étaient différent dont nous le consommons de nos jours. Le livre contient aussi des références sur les meilleures productions.

D’après les statistiques actuelles, dans les provinces du Yunnan, du Guizhou et du Sichuan il y aurait plus de 200 zones où on peut trouver d’anciens et grands théiers.

Parmi les plus spectaculaires on peut mentionner le district de MengHai aux alentours de la montagne noire dans la province du Yunnan qui possède un théier de plus de 32 mètres de haut pour un tronc de près de 3 mètres de circonférence. Son âge a été évalue à 1700 ans et serait le théier sauvage le plus vieux.

Dans le district de Fengqing dans la province du Yunnan, il s’y trouverait le théier le plus vieux du monde, on ne sait pas s’il est d’origine sauvage ou pas, mais il serait âgé de plus de 3200 ans. Il fait la fierté de toute la province et fait partie du patrimoine protégé par le pays.

le théier le plus vieux du monde 3200 ans
le théier le plus vieux du monde 3200 ans
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